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Barrage 24 mai, 2009

Posté par cyaqr dans : Barrage,Ecrits / Prose , trackback

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« A tous mes cousins du Jabron. »

« Tiens le coup ! tiens le coup ! » s’écrièrent ensemble ces jeunes enfants rieurs, croyant de leurs voix soutenir l’édifice aux milles cicatrices.

Piédestal ancré dans le courant effrayant d’une rivière aux milles tourments d’écumes austères, il naquit de leurs mains.

Chacun apporta sa pierre à l’œuvre protectrice. Ils transportèrent tel un cadeau de la Nature ces lourds minéraux afin de bâtir un barrage là où l’eau s’enroulait en virage – ils ne le savaient pas mais leur corps portait en fait un fardeau moribond -. Ils avancèrent à grands pas libérateurs du contre-courant afin de franchir les quelques mètres, au combien longs et périlleux, qui les séparaient du chantier en devenir. L’eau monta jusqu’à leur poitrine nue, effleurant parfois leur visage en un soubresaut préventif ; et alors qu’ils se pressaient d’un pas hâtif, ils se demandèrent ce que pu être cette glu visqueuse sous leurs pieds : de la mousse sur un galet ou bien la peau écailleuse d’un serpent venimeux… Pas un ne voulu cependant abandonner, même si des monstres ineffables rodaient sans nul doute sous les rocs immergés et qu’ils se voyaient à coup sûr aspirés par l’invisibilité des eaux tourbillonnantes ! Voués à leur tâche collective, ils amenèrent toutes les pierres nécessaires pour qu’un mur s’élève au dessus de la surface, construisant des amitiés à noyer toute trace amère.

Les masses liquides exerçaient une pression terrible sur les rocailles, soudées au bon vouloir des enfants, qui semblaient dès lors n’aspirer qu’à la fuite sans hésitation. La peau de l’onde se gonflait à leur sommet comme un ballon de baudruche incolore, prêt à éclater et à faire déferler les fonds…

Tiens le coup…

Chacun retint son souffle, par peur de faire tout sombrer, par hantise de voir disparaître le mur de leur enfance.

Il aura tenu quelques heures sans doute, peut-être plus.

Au lendemain, les enfants sont revenus : le flot avait reprit son droit de circuler librement. Les quelques cailloux du barrage, échoués sur les berges, auraient pu représenter un cimetière où chaque once gravée de leurs efforts passés se serait retrouvée dans le pierre ; mais ces reliquats dressaient les derniers restes de leur forteresse du moment, de cet instant défiant les mouvements à contretemps.

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